Pythie ou Sibylle ?… Pour vous, ces deux titres désignent sans doute des rôles similaires, celui de femmes prédisant la destinée des Hommes, mais le fait est qu’elles s’opposent sur de nombreux aspects.
La Pythie […] sort d’une des familles les plus honnêtes et les plus respectables qui soient ici et elle a toujours mené une vie irréprochable mais […] elle n’apporte avec elle, en descendant dans le lieu prophétique, aucune parcelle d’art ou de quelque autre connaissance ; […] c’est vraiment avec une âme vierge qu’elle s’approche du dieu.
Plutarque
Πυθία, Pythia, la Pythie, la Pythonisse…
Il est dit que le dieu du Soleil Apollon parcourait le mont Parnasse et y affronta le monstrueux Python qui terrorisait les habitants. Victorieux, il décida de faire construire un temple en son honneur. Durant la construction de ce temple, le dieu se transforma en dauphin pour aller sauver des marins en difficultés, invitant ensuite ces derniers à devenir ses prêtres. Ainsi raconte la légende de la fondation du temple de Delphes (dauphin) et de son célèbre oracle, la Pythie (python).
On dit qu’Apollon continue encore de parcourir ce mont, accompagné de ses muses…
Mais la Pythie n’est pas cette femme au don de vision, élue des dieux, qu’on pourrait s’imaginer. C’est une fille de tout âge, choisie directement par les prêtres non pas pour ses capacités divinatoires, mais pour sa chasteté et son innocence. Cette dernière se devait en effet d’être la plus respectable possible, voir même simple d’éducation, afin d’être un réceptacle pur pour accueillir en elle le dieu dont elle devenait l’épouse.
Le seul devoir de la Pythie est de vivre recluse et humblement. Avant chaque sollicitation, elle se purifiait avant de se rendre dans l’adyton, le « lieu dans lequel on ne peut entrer ». Et là, cachée aux yeux de son consultant, elle s’asseyait sur son trépied sacrificiel et se tenait prête à recevoir la parole du dieu à travers elle, la faisant aussitôt entrer dans un état de transe appelé « enthousiasme » (« avoir le dieu avec soi »). C’est ce dernier qui prophétise, la Pythie parlant ainsi toujours à la 3ème personne…
Ses conseils étaient souhaités à travers toute la Méditerranée, faisant du temple de Delphes l’un des lieux les plus central de l’époque. L’affluence était telle que les consultations, qui n’avaient alors lieu qu’une fois par an, finirent par se faire tous les 7 du mois, le jour mensuel consacré à Apollon. À son apogée, le temple alla même jusqu’à désigner 3 Pythies simultanément.
Ce titre ne désigne donc pas réellement une femme prophète. Être une Pythie fait de vous une prêtresse dont le corps, pure et chaste, est un outil divinatoire à travers lequel les prêtres entrent en contact avec leur dieu. C’est un grand honneur d’être désignée pour le devenir, mais seule une communauté peu vous en donner le titre. Il ne peut être prétendu seule comme certaines fictions modernes ont pu le laisser penser.
À ce moment-là il s’agira sans doute plus d’une Sibylle que d’une Pythie…
Alors que la pythie en est la prêtresse, la Sibylle est la voyante du peuple
Plutarque
Le titre de Sibylle, dans son étymologie même, désigne toute femme le possédant comme prophétesse. C’est un rôle, une place dans le monde qui semble survivre aux aléas de l’Histoire. Traversant les générations, animé par une force immuable et aussi vieille que le monde.
Présente au sein des hommes avant la Pythie, la Sibylle est une femme, souvent d’un certain âge, qui incarne en elle une sagesse primitive. Mystérieuse et intimidante, c’est souvent au milieu de transes folles et spectaculaires qu’elle partage son don au peuple.
La Sibylle est libre, son don ne lui vient pas des dieux, mais d’elle-même. Ses présages sont toujours à la 1ère personne, car personne ne parle à travers elle. Et même si la plupart d’entre elles vivaient en nomades, nombreuses sont celles qui décidèrent de mettre leur don au service du peuple au sein de divers lieux sacrés, sanctuaires et oracles apolliniens si nombreux au temps de l’antiquité.
Plusieurs d’entre elles marquèrent l’histoire et furent même intégrées dans la mythologie chrétienne durant le Moyen Age. Loin d’être diabolisées, elles furent élevées au nombre de 12 Sibylles et représentées par les plus grands artistes dans de nombreuses chapelles et églises.
Je ne peux m’empêcher de vous citer certaines d’entre elles…
Sabbé/Helrea/Sambethe
La Sibylle persique
Aussi appelée la Sibylle babylonienne, chaldéenne, hébraïque ou égyptienne, elle serait de la famille de Noé et autrice des oracles sibyllins. Elle aurait prédit les exploits d’Alexandre de Macédoine.
Hérophilé
La Sibylle érythréenne
Fille d’une nymphe, elle était la gardienne du temple d’Apollon en Troade. Connue pour avoir la particularité de livrer ses oracles en vers, elle aurait prédit la Guerre de Troie ainsi que la venue du Christ chrétien.
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La Sibylle delphique
Fille d’une nymphe et d’un monstre marin, elle aurait quitté Troie avant sa chute. Antérieure à la Pythie, elle vécut pendant 9 générations humaines et continua de prophétiser même après sa mort sous la forme d’une voix errante et énigmatique. Elle aurait prédit la venue et la chute du Christ chrétien. En hommage, les oracles de la Pythie étaient qualifiés de « sibyllins ».
Elissa/Phémonoé/Sibilla
La Sibylle libyque
Elle serait la première Sibylle. Fille de Zeus et de Lamia, elle était une prophétesse mythique de Zeus-Ammon au sein de l’oasis de Siwa. Alexandre le Grand serait venu à elle et elle l’aurait alors reconnu comme fils de Zeus. Elle aurait prédit la passion du Christ chrétien et on dit qu’elle continue de prédire l’avenir même après sa mort à travers des voix oratoires et des auspices. Le visage de la lune serait son âme.
Deiphobé/Amalthée
La Sibylle de cumes
On lui accorde une vie de 1000 ans. Elle aurait souhaité à Apollon de pouvoir vivre autant de temps que sa main pouvait contenir de grains de sable. Mais omettant de demander de conserver sa jeunesse, elle continua de vieillir et se ratatina jusqu’à tenir dans une simple bouteille puis jusqu’à n’être qu’une voix dans l’air. Elle aurait guidé Enée jusqu’aux Enfers et aurait vendu 3 des 12 livres sibyllins à Tarquin le Superbe, détruisant les 9 autres par le feu. Ces livres devinrent les textes sacrés de l’État romain, consultés uniquement en cas de grand danger.
Nombreuses ont été celles qui ont accompagné l’Histoire dans son déroulement, guidant les Hommes dans l’accomplissement de leurs destinées. Les plus grandes allant même jusqu’à transcender la mort pour continuer leur quête. Combien d’entre elles ont réellement existé ? Combien d’entre elles ont été oubliées ? Et plus important encore…
Qui seront les prochaines que l’Histoire décidera de retenir ?
Sources :
– Le Manuel d’Héllénisme
– Wikipédia
– Article d’Axelle Vetele | Revue-Histoire.fr
– Article de Camille Vignolle | Herodore.net