Depuis le début de ce voyage, j’ai toujours été intéressée à l’idée de me rendre aux commencements des choses. Assister à l’éveil de la conscience humaine, à la naissance des premiers feux, des premières civilisations et découvrir les événements qui inspireront les premiers mythes…
Parmi eux, à l’âge des premiers âges, au sein de la citée légendaire de Babylone, un mythe était conté chaque année. Un mythe remontant plus loin encore, à l’aube des temps, nous racontant l’histoire de la naissance du monde et des dieux, tous né du ventre de la même déesse primordiale, déesse qui devint plus tard leur ennemie, qui fut vaincue et dont le corps fut utilisé pour construire l’univers tel que nous le connaissons.
De tout ce mythe, c’est cette déesse que j’ai décidé de retenir. Une déesse maternelle et chaotique dont le nom est encore connu de nos jours, la déesse primordiale Tiamat.
Le Mythe
Au commencement, seule l’eau existait, l’eau douce incarnée par Apsou et l’eau salée par Tiamat. C’est leur étreinte qui donna naissance aux premiers dieux. Mais, ces derniers devenant si pénibles, tourmentant Tiamat chaque jour, Apsou décida de les tuer. Tiamat s’opposa à ce projet et tenta de le dissuader en vain, et Apsou fut vaincu par Ea qui, de cette victoire, donna naissance à son fils prodige : Marduk.
Le temps passa et Marduk, à son tour, devint si pénible que les dieux trouvèrent Tiamat pour lui demander d’entrer en guerre contre le nouveau dieu et venger la mort d’Apsou. Alors, Tiamat créa des créatures monstrueuses et leva son armée. Face à cet ennemi terrifiant, aucun nouveau dieu ne fut assez courageux pour l’affronter à part Marduk. Et, aidé du vent, il tira une flèche meurtrière qui transperça son ventre de part en part.
Marduk devint ainsi le nouveau roi des dieux. Du corps de Tiamat, il utilisa la première moitié pour former la voûte céleste et la seconde pour former les montagnes. Des yeux de la déesse coulèrent alors le Tigre et l’Euphrate et de sa salive naquit les nuages. Ainsi l’univers fut-il façonné et les lois du monde ordonnées.
Ce mythe est le mythe principal de Tiamat qui n’est que très peu mentionnée en dehors de ce dernier. Tiamat y est à la fois une déesse mère protectrice, mais également une déesse vengeresse impitoyable et monstrueuse, soit une antagoniste permettant de glorifier le héros Marduk.
Mais son aspect maternel fait de Tiamat un personnage bien plus complexe qu’une simple Némésis. Son mythe la dote d’un aspect sacré et inspirant le respect derrière sa figure monstrueuse, sous-entendant une version antérieure vénérable de la déesse.
Le Culte
Le mythe de Tiamat et Marduk était l’élément central du festival du nouvel an babylonien (et assyrien). Il était récité, et même mis en scène, au cœur du palais de l’Esagil au 4ème jour des festivités. Il s’agit de la seule forme de culte qui lui était alors rendu, même si ce dernier était surtout destiné à Marduk.
On peut toutefois relier notre déesse à une autre divinité : La déesse primordiale Namma/Nammu, l’Océan cosmique qui enfanta tous les dieux. Elle aurait possédé un sanctuaire à Babylone et plusieurs traces de son culte remontant jusqu’à la période néo-babylonienne ont été retrouvées. Cette déesse pourrait être une version antérieure à Tiamat, portant un autre nom, et devenant au fil du temps la déesse plus chaotique et monstrueuse que l’on retrouve dans le mythe.
namma u nanse apsu [u ti1 amae]
« Namma est Nanse sont Apsu [et Tiamat( ?)] »
Aspects
La Mer
Étymologiquement, Tiamat est une forme du mot Tamtu, qui signifie Mer. Son nom se traduirait donc littéralement par » Ô Mer ! « . Tiamat est cette mer immense, titanique et abyssale qu’encore de nos jours on ne connaît que si peu. Elle est la personnification de la Mer tumultueuse et des eaux salées qui précédèrent la création des dieux, du monde et des Hommes.
La Mère
Avec Apsou, ils forment le bouillon de fertilité originel duquel naîtra toute forme de vie. Elle est la première mère, prête à tous les sacrifices pour sa progéniture. C’est cette maternité que Marduk tentera de détruire en transperçant son ventre et son utérus. Mais son corps demeurera une source de fertilité incroyable au point de servir à façonner le monde.
Le Chaos
Son aspect le plus connu est celui du chaos menaçant l’ordre établi. Que ce soit au commencement, entremêlée avec Apsou dans un vortex fertile, ou terrifiante à la tête de son armée de créatures, elle incarne toutes les forces du chaos. Ce n’est qu’une fois vaincue que le monde aura enfin pu être façonné et que les lois universelles auront pu être établies.
La Sorcière
La puissance fertile de Tiamat ne se traduit pas uniquement par la maternité, mais également via la magie, n’hésitant pas à faconner tel une » vieille sorcière » des créatures monstrueuses. Ces dernières seront ensuite utilisées par les Mésopotamiens dans leurs incantations en tant que créatures protectrices, tout comme le nom de Tiamat lui-même.
a-ab-b a-si-im-ti
« Tiamat me convient »
a-ab-b a-ba-ds-ti
« Tiamat est mon ange gardien »
puzur-tz-(a-) am-tim/tz-im
« (Au sein de) la sécurité de Tiamat »
en a-ab-ba ama d ingir-r e-e -ne
« Mer, mère des dieux »
Sources :
– Enuma Elish – Le Texte Intégral
– Tiamat – Oracc and the UK Higher Education Academy, Sophus Helle
– Namma – Oracc and the UK Higher Education Academy, Nicole Brisch
– Tiamat – World History Encyclopédia, Joshua J. Mark
– Babylonian Creation Myths, W. G. Lambert